Quatre fleurons français en quête du milliard de valorisation

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J’ai eu la chance de participer à la nouvelle édition de La Relève des Echos, en kiosques le 21 mars. Voici l’article que j’y ai co-signé avec David Cage, le Président du studio de jeux vidéo Quantic Dream.

Quatre fleurons français en quête du milliard de valorisation

Actility , Cedexis , Sigfox et Synthesio font leur entrée dans le classement Growth 50.

Ils sont moins médiatisés que BlaBlaCar ou Deezer mais constituent déjà d’éclatantes success stories. D’après le classement Growth 50, Actility, Cedexis, Sigfox et Synthesio pourraient bientôt faire leur entrée dans le club des licornes numériques où les européens sont rares. Ils incarnent chacun des secteurs de pointe dans lesquels la France fait la course en tête : les infrastructures informatiques, les SaaS (service as a software) et l’Internet des objets.

En quatre ans, Ludovic Le Moan et Christophe Fourtet, fondateurs de Sigfox, ont levé plus de 127 millions d’euros pour s’imposer comme le numéro un des réseaux dédiés aux objets connectés. Si le réseau couvre déjà 2 millions de km2 dans plus d’une dizaine de pays, Sigfox s’intéresse désormais à un marché aussi complexe que porteur : les Etats-Unis. Son concurrent, Actility, créé en 2010, et qui propose le réseau LoRa est aussi distingué par le classement Growth 50. La société a levé 25 millions de dollars en 2015 et a fait de la ville intelligente, notamment en Asie, sa nouvelle priorité.

Dans un tout autre domaine, la société Cedexis, née en 2009, optimise les performances des entreprises sur Internet et le mobile. Elle propose des solutions qui réduisent le temps de chargement en aiguillant la connexion sur la voie la plus rapide. «  Pour un de nos clients, dit Julien Coulon, un des fondateurs, nous avons accéléré les pages de 1 seconde. Résultat : 100 commandes supplémentaires par jour, soit 1 million d’euros par an. » La société compte parmi ses clients Facebook, Microsoft et de nombreux autres groupes de médias. Cedexis est aujourd’hui évalué à 100 millions d’euros pour un chiffre d’affaires encore modeste de 10 millions, mais prévoit 60 % de croissance cette année.

Quatrième licorne potentielle made in France, Synthesio s’est affirmé en dix ans comme le leader de l’analyse des conversations sur les médias sociaux. La plate-forme, créée par Loïc Moisand et Thibault Hanin, ausculte quelque 600 millions de sources dans 196 pays pour le compte de clients aussi prestigieux qu’Apple ou BNP Paribas. Elle réinvestit systématiquement un quart de son chiffre d’affaires en R&D. Ces quatre champions auront à affronter des challenges très différents sur des marchés de tailles inégales dans leur quête du milliard de dollars de valorisation.

L’article est également publié à cette adresse.

La cuisine du hipster

Grand Coeur

Grand Coeur

Elle ressemble à son client : originale mais pas toujours créative, décoiffée et parfois décoiffante, barbue mais pas barbante, propre sur elle sans être trop sophistiquée. Le jean vient d’APC et les Stan Smith de chez Colette, comme le beurre vient de Bordier ou le pain de chez Cherrier. Branchée et design mais aussi un peu brute et rêche comme le bois ou le métal de ses tables. Et elle est tellement cool qu’il serait ringard de pouvoir réserver.

Si ses valeurs (écolo, durable, locavore, voire alter-mondialiste…) sont toujours irréprochables, son goût final en bouche laisse parfois à désirer. Les sauces se font d’ailleurs un peu trop discrètes et peinent parfois à faire le lien, le liant, entre des ingrédients simplement séparés par un « / » (par exemple : bœuf/chou/raifort ou lotte/courge/poireau). C’est que la cuisine du Hipster s’interdit de faire des phrases et d’utiliser le verbe dans sa grammaire ; elle lui préfère une écriture en morse quand elle est ratée, en slam quand elle est réussie.

Du côté des liquides, le Hipster a le palais solidement accroché. Le café vient des meilleurs producteurs, de la plus belle machine et du plus mignon des baristas mais soyons honnêtes : il vous arrache la gorge. De même, le vin y est jeune, bio, nature, sans sulfate ou sulfite. Il vit, il fermente encore quand il arrive à table. Son vigneron est sympa -c’est un copain sûrement- mais il râpe et pique comme sa barbe de trois jours.

Le phénomène hipster étant à la fois une tendance sociétale et une cible marketing, il semble voué à durer et les restaurants qui lui ressemblent se démultiplient. Chaque jour une nouvelle cantine, un nouveau repaire pour hipsters ouvre quelque part entre les 9ème, 10ème ou 11ème arrondissements. Certaines sont des réussites à ne pas manquer, d’autres qui auront poussé le concept un peu trop loin sont à éviter.

Ma petite sélection en une quinzaine d’adresses, des bonnes et des moins bonnes :

Richer
A l’angle de « Hipster Street » (la rue du Faubourg Poissonnière ), Richer reste la meilleure cantine parisienne du Hipster… mais sans réservation (idem pour son petit frère du 52 Fbg St Denis). Un peu plus haut dans la rue, Abri et Albion sont également des valeurs sûres depuis quelques années.
2 Rue Richer, 75009 Paris

Abri : 92 Rue du Faubourg Poissonnière, 75010 Paris – 01 83 97 00 00
Albion : 80 Rue du Faubourg Poissonnière, 75010 Paris – 01 42 46 02 44

Richer

Richer

Septime
Le top du genre. Un grand chef chez les hipsters.
80 Rue de Charonne, 75011 Paris – 01 43 67 38 29

A Mère
… Ou plutôt  » A Éviter  » ! L’endroit est mal installé et mal éclairé. Quelques petites fulgurances culinaires mais une carte des vins pauvre.
49 Rue de l’Échiquier, 75010 Paris – 01 73 20 24 52

L’Entrée des Artistes
Bel endroit, bonne musique, bons cocktails, carte courte mais sincère, vins bios et chers… Mieux vaut y prendre l’apéro ou l’after et aller grignoter en face au Grand Hotel Pigalle, superbe réussite de Dorothée Meilichzon.
32 rue Victor Masse, 75009 Paris

Grand Hôtel Pigalle : 29 Rue Victor Masse, 75009 Paris – 01 85 73 12 00

Gare au Gorille
Une série de petites entrées incroyable et une très belle viande pour deux… mais une carte des vins qui laisse à désirer.
68 Rue des Dames, 75017 Paris – 01 42 94 24 02

Gare au Gorille

Gare au Gorille

Roca
Grand chef, Carte courte mais redoutable. Salle pas très plaisante.
31 Rue Guillaume Tell, 75017 Paris – 01 47 64 86 04

Clown Bar
Formidables petites portions. Terrasse sympa.
114 Rue Amelot, 75011 Paris – 01 43 55 87 35

Le Bachaumont
Ici, le Hipster s’est un peu embourgeoisé, beaucoup Costéisé. Bien assis, éclairage parfait, ambiance New Yorkaise, nourritures de l’époque.
18 rue Bachaumont 7002 Paris – 01 81 66 47 10

Pierre Sang
Menu surprise avec des surprises bonnes et moins bonnes.
55 Rue Oberkampf, 75011 Paris – 09 67 31 96 80

Barbes
La grande surface du Hipster, le mass-market de la branchitude. C’est beau, brouillon et bruyant.
2 Boulevard Barbès, 75018 Paris – 01 42 64 52 23

Mordant
Une belle nouveauté rue Chabrol (Claude aurait adoré), avec notamment une grande table d’hôte à réserver.
61 Rue de Chabrol, 75010 Paris – 09 83 40 60 04

Mordant

Mordant

Grand Cœur
Il y avait autrefois un tex-mex très sensuel et il y a toujours des cours de danse, dont on aperçoit quelques pointes à travers les fenêtres. Dans cette grande cour de la rue du Temple qui a vu passer depuis 40 ans deux générations de babas cool et de bobos avant l’invasion des hipsters, se déguste une cuisine du sud généreuse et originale. La grande réussite des derniers mois. Un lieu, une atmosphère, un décor, un grand chef et de l’ambition.
41 Rue du Temple, 75004 Paris – 01 58 28 18 90

Pour un mariage de raison entre l’AACC et l’Udecam

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L’immense succès des dernières Rencontres de l’Udecam confirme une nouvelle fois leur caractère œcuménique, capable de rassembler des professionnels de la communication d’horizons toujours plus variés. Mais au lendemain de cette cinquième édition, il me semble que les mondes des médias et de la création ne peuvent plus se contenter de dialoguer de manière ponctuelle. Il nous faut désormais réfléchir à un rapprochement, une fédération ou une fusion entre l’AACC et l’Udecam.

C’est une banalité aujourd’hui que d’affirmer que la stricte séparation entre agences de communication et agences de conseil média se révèle de moins en moins pertinente. Nos métiers ont accéléré leur convergence : les agences de conseil média se renforcent désormais dans les contenus à forte valeur ajoutée tandis que les agences de publicité débauchent des experts médias pour développer le channel planning. Par ailleurs, l’intégration entre la stratégie de marque et ses activations créatives et médias n’a jamais été aussi fluide et aboutit à des campagnes toujours plus novatrices. Celle pour l’application Red Light de Vodafone, un cas plusieurs fois couronné aux derniers Cannes Lions, est ainsi emblématique de l’association de l’agence créa et de l’agence média. De même, un groupe comme Publicis est déjà très en avance dans ce rapprochement entre savoir-faire différents au sein de structures hybrides faisant la part belle à la collaboration au service des clients.

Unissons nos forces pour redonner à notre industrie la puissance de représentation qu’elle mérite ! 

En revanche, les enjeux auxquels est confrontée notre industrie dépassent largement les frontières entre typologies d’agences. L’ad-blocking compte déjà quelque 200 millions d’adeptes dans le monde[1] et rappelle la défiance croissante des consommateurs vis-à-vis de la publicité tandis que la réforme en cours de la loi Sapin montre à quel point nos métiers seront de plus en plus réglementés à mesure qu’ils deviendront plus techniques et sophistiqués. Enfin, la concurrence se fait moins entre le conseil média et la création, et de plus en plus entre les agences dans leur ensemble et de nouveaux types d’acteurs qui courtisent les marques de manière agressive : régies, studios indépendants, cabinets de consulting et bien sûr les géants du numérique, au premier rang desquels les GAFA.

Ce nouvel environnement média et marketing complexe appelle donc à une alliance pour mieux faire entendre notre voix, à la hauteur des autres grandes industries culturelles comme la musique, le cinéma ou l’audiovisuel qui sont mieux structurées et disposent de leviers d’influence incomparables auprès des pouvoirs publics. La publicité dans son ensemble représente quelque 120.000 emplois en France[2] et son impact sur la consommation – et donc sur la croissance – est indéniable. Au-delà, c’est un foyer d’innovation qui contribue au rayonnement de l’hexagone à l’international. C’est donc une force économique, technologique et culturelle majeure qui doit être mieux représentée et dotée de moyens budgétaires adéquats

Nous n’avons de cesse de recommander à nos clients de casser les silos. Donnons l’exemple et faisons-le dès aujourd’hui dans nos propres instances. Les récents débats au sein de la branche « événementiel » de l’AACC ont rappelé que le chemin vers le mariage sera sûrement long, mais nous devons combattre les forces centrifuges afin d’éviter tout morcellement et affaiblissement. Si nos organismes respectifs ne joignent pas leurs forces, les métiers qu’ils défendent deviendront vite obsolètes. Redonnons à notre industrie la puissance de représentation qu’elle mérite !

[1] Rapport PageFair-Adode, août 2015

[2] MeteoJob, 2015

Cette tribune a d’abord été publiée dans CB News